Cthulhu Dark Arts Tarot

Indicible Entretien, vingtième ...

Merci à l’équipe de Bragelonne Games de nous permettre de révéler une carte du Cthulhu Dark Arts Tarot un splendide tarot lovecraftien créé par Maxime Le Dain, illustré par Førtifem et édité par Bragelonne Games.

C’est l’occasion de laisser à Maxime Le Dain le soin de présenter ce bien beau projet dans un Indicible Entretien un peu spécial. Et c’est le vingtième !

Le projet est à soutenir ici sur Kickstarter. 

IX

L’Ermite

Bonjour, Guillaume ! Ici Maxime Le Dain, auteur/scénariste du Cthulhu Dark Arts Tarot et l’un des nombreux rouages de la merveilleuse équipe créative qui se cache derrière ce projet. Avant tout, j’aimerais te remercier sincèrement de prendre le temps de promouvoir notre travail, d’autant que les projets lovecraftiens ne manquent pas en ce moment. Voilà pourquoi j’ai souhaité écrire cette petite bafouille, qui prendra la forme d’une note d’intention sur le projet en général et sur cette carte en particulier.

Un tarot Lovecraft ? Quelle drôle d’idée…

N’est-ce pas ? À tel point, d’ailleurs, que quand Bragelonne Games m’a proposé d’y réfléchir, mon premier instinct a été de refuser. Après tout, le principe même du tarot divinatoire s’oppose totalement à la philosophie rationaliste de HPL. Or en tant que passionné et ancien traducteur de Lovecraft, j’ai appris à connaître et à admirer le bonhomme bien au-delà de ses écrits, jusque dans son rapport au monde, sa pensée en constante évolution au fil de sa vie (à l’exception notable de son indécrottable racisme, qu’il me paraît essentiel de dénoncer et d’analyser) et même son humour. Bref, j’estime important, quand on l’adapte, de ne pas trop le trahir – ou alors de le faire totalement, sciemment, en sachant pertinemment ce qu’on fait. Et même si j’apprécie énormément les œuvres et jeux dérivés de son univers (notamment le JdR), certains se trouvent parfois à un tel extrême opposé de son œuvre et de cette profondeur qui l’anime que je ne peux m’empêcher de pester devant cette montagne croissante de produits dérivés « Cthulhu »…

Bref, foin de rouspétance et revenons-en à nos shoggoths ! Comment donc, à la lumière de tout cela, justifier l’existence d’un tarot lovecraftien ? Eh bien, en y réfléchissant, je me suis dit que Lovecraft lui-même s’est amusé avec l’ésotérisme, envisagé comme un espace littéraire cryptique, auréolé d’un tel mystère et de termes si abscons qu’il ne pouvait que servir son projet fantastique. Dès lors, il me paraissait tout à fait possible d’inscrire notre tarot dans son univers, où il deviendrait une sorte d’artefact au même titre que le Necronomicon. Encore mieux : dans cet univers, notre tarot pourrait devenir le tarot primordial, l’inspirateur des tarots italiens, puis du tarot de Marseille… Restait à l’insérer logiquement dans ce monde, et tout s’est débloqué lors d’une énième relecture de Dans l’abîme du temps. Parmi la liste des personnalités « enlevées » par la Grande Race et rencontrées par Peaslee figurait un moine florentin du XIIe siècle, un certain Bartolomeo Corsi. Voilà ! Je tenais le créateur de notre tarot : un moine à l’esprit « déplacé » par la Grande Race et qui, de retour à son époque, aurait traduit en images les secrets immémoriaux glanés lors de son séjour dans le Mésozoïque. Notre trame narrative est donc celle d’Isaac Jefferson, un professeur en histoire de l’art (de l’université Miskatonic, of course !) qui, dans les années 1980, redécouvre ce tarot et rédige un mémoire à son sujet. Mais à mesure qu’il en rassemble les cartes, sa réalité se fissure et vacille… Ne serait-il pas, lui aussi, le jouet de quelque obscure, immémoriale, imputrescible et (*insérer ici un adjectif à huit syllabes de votre choix*) volonté ? Tin-din-din-din[1] !

D’accord, mais dans les faits, ça prend quelle forme ?

Celle d’un coffret réunissant un livret (qui comprendra le récit décrit ci-dessus et plein d’autres surprises – dont des poèmes, pour rendre hommage à l’autre passion littéraire de Lovecraft !) et un paquet de cartes (commandable seul, également). Ce dernier est le fruit du génie graphique des Førtifem, un duo d’illustrateurs avec lesquels j’ai étroitement collaboré. Notre ambition : glisser au gré des 22 Arcanes majeurs et des Figures du tarot des références à l’intégralité (à quelques poèmes en prose et nouvelles de jeunesse près) de l’œuvre fictionnelle de Lovecraft, hors révisions. Le résultat constitue un croisement (à mes yeux somptueux mais je ne suis pas objectif !) entre l’imagerie médiévale du tarot de Marseille, l’imaginaire lovecraftien et la patte unique des Førtifem (dont on pourrait situer l’inspiration à mi-chemin entre le métal, John Blanche et Gustave Doré).

La carte qui t’est présentée est l’Ermite, un de mes atouts préférés du tarot traditionnel. Nous y avons glissé des clins d’œil à 3 textes de Lovecraft , tout en saupoudrant l’image de références à l’alchimie (notamment cette séquence du Grand-œuvre qu’on appelle la Nuit Saturnienne). Bref, un cocktail horrifico-ésotérique de bon aloi, qui ne départirait pas dans un exemplaire original du Regnum Congo…

Le mot de la faim

Une fois encore, merci mille fois pour cette « révélation ». Et bravo pour le travail de ton association que je découvre et qui me paraît une mine de renseignements et d’échanges fructueux pour l’étude, l’analyse et le partage de la passion lovecraftienne. À ce titre, j’espère vraiment que ses membres et autres lecteurs comprendront que loin de surfer sur la « mode lovecraftienne » actuelle, nous avons tous tenté, Bragelonne Games, les Førtifem et moi, de produire un OLGLNI (Objet Littéraire, Graphique et Ludique Non Identifié) qui n’est ni un simple tarot, ni une simple nouvelle, mais tout ça à la fois – et même bien plus encore ! Un artefact, en somme, pensé en amont comme un vibrant hommage à la pensée, l’œuvre et l’influence de Lovecraft, et au-delà comme une célébration des cimes, abîmes et splendeurs vénéneuses de l’humaine imagination (quand elle ne sert pas à haïr ou massacrer son prochain, en tout cas).

À très bientôt, en rêve, en chair, en bouteille ou ailleurs !

Maxime Le Dain

05/11/2020

[1]    À lire en fredonnant les 4 premières notes de la 5e symphonie exclusivement.